11 Août 1979 : Montmorillon, capitale sportive du Poitou
Samedi 11 aout 1979. Comme un événement improbable. Une date
mythique dont aucun témoin présent ce jour là n'a réellement conscience. Ce 11
aout, au stade de la route d'Haims: L'UES Montmorillon dispute son
premier match dans le championnat de France professionnel de football de 2ème
division. La sous préfecture de la
Vienne et ses 5000 habitants vont vivre une incroyable
aventure qui durera deux ans et dont le premier épisode est résumé ici:
«Montmorillon-Rennes:
2-2
A la faveur des matches amicaux, l'équipe a rassuré sur ses
possibilités, et même donné à ses supporters l'occasion de toujours croire à
une aventure, et non à une déroute. Tenir en échec Châteauroux, Angoulême et
Tours, passe déjà pour un exploit, et ces dernières joutes, favorisées par un
temps ensoleillé, ont reçu un très bon accueil du public.
Ce soir 11 août, pourtant, la température douce porte avec elle
autant de craintes que d'espoirs. Il n'est que vingt heures, et le stade semble
prêt à exploser. Les tribunes ont été prises d'assaut par tous ceux venus du
canton, de Chauvigny, de Poitiers, de Châtellerault, du Blanc, dont l'intérêt
pour Montmorillon s'est accompagné de la curiosité. Les Rennais sont là à
s'échauffer, décontractés, et les spectateurs les plus impatients les ont vus
arriver vers dix-huit heures trente, le sac en bandoulière, devisant
joyeusement. Anafal, Zlataric, Rampillon, Nosibor, du beau monde sur le stade
de la route d'Haims.
Ces Bretons là impressionnent d'autant plus que les rires jalonnent leurs
propos. Un curieux contraste avec le visage fermé de leurs hôtes, tendus à
l'extrême. Il est loin le temps où l'on pouvait s'amuser tout en préparant la
rencontre. Lekkak ne tient pas en place, grommelle après l'un ou l'autre,
répète les consignes qu'il a données voici dix minutes. Les joueurs
l'entendent-ils, perdus dans leurs pensées à mesure que le public manifeste sa
ferveur ? Alain Picard, lui non plus, n'a pas le coeur à plaisanter. Remplaçant
l'an dernier à Châtellerault, il débute aujourd'hui en deuxième division, face
à Rennes et devant plus de trois mille spectateurs. Tout cela parce que Poinot
est sous le coup d'une suspension glanée dans un match corporatif !
La réserve de confiance qu'il avait dissimulée sous son maillot s'envole dès la
huitième minute sur une reprise de volée de Llorens, l'avant-centre rennais.
Le stade entier s'est figé à l'instant où le ballon a frappé le
fond des filets ; la stupeur cède la place à la désolation lorsque le même
Llorens ajoute un second but de la tête après trente-cinq minutes de jeu.
Montmorillon n'a pas été ridicule, mais ses hésitations ont été sévèrement
châtiées. Combien sont-ils dans l'enceinte à ne pas se prendre la tête entre
les mains sous le poids de la déception? Onze au moins, qui n'ont jamais compté
l'abdication pour une vertu. Queyrel intercepte une passe de Mastroianni et
réduit la marque (38e).
Les « Macarons » retrouvent leurs jambes, et le public sa voix. On
redécouvre alors le Montmorillon prometteur des matches amicaux. Son football
ne manque pas d'inspiration, et les défenseurs bretons ont le tournis. Berlin
stoppe le ballon de la main et concède le penalty. Ribardière, à quelques jours
de son mariage, se sent soudainement vieillir, mais sa jambe d'appui ne tremble
pas, et son égalisation est saluée par un immense soupir de soulagement.
Nosibor d'un côté, Queyrel de l'autre, sont par la suite, à deux doigts de pied
de donner le gain de la rencontre à leurs couleurs. Chacun se retire néanmoins
satisfait du partage des points : Rennes parce qu'un nul à l'extérieur est
toujours bon à prendre; Montmorillon parce qu'entre deux maux il a choisi le
moindre. Du coup, le public se déclare enchanté. Ses favoris n'ont pas gagné
mais prouvé qu'ils possèdent au moins autant de coeur que leurs aieux...
Dans le vestiaire, Lekkak récupère, ses joueurs et leurs oreilles aussi.
L'ouverture n'a pas été couronnée de succès, mais il reste d'autres gibiers à
traquer.
Avec l'aimable autorisation d'Eric Cachart auteur du livre: «Montmorillon, l'incroyable aventure»
Soir de match à Montmorillon
en 1979
Un silence moite flotte dans le vestiaire étriqué aux murs
jaunasses. Le pas alourdi des tonnes de boue arrachée à la pelouse spongieuse,
encore moulus de la rudesse des coups reçus, trempés comme soupe, les
Montmorillonnais s'affalent sur les bancs de bois. Les combattants superbes à
la tunique souillée de terre grasse ne sont plus que de grands chats mouillés.
On entend la voix sourde de Lekkak l'entraîneur à travers un épais brouillard à
couper au couteau. Elle grinche : «A quoi bon faire un aussi beau spectacle,
pourquoi se défoncer pour ne pas gagner des points». Les prétoriens las et
brisés ne bronchent pas à ce constat d'évidence. Leurs paupières se clouent un
peu plus au sol que jonchent les dépouilles insignifiantes de la gloire et les
tubes d'embrocation.
Murés, dans leur sueur, recroquevillés aiment-ils le caporalisme
tranchant de Lekkak et son réalisme froid qui sonne comme un reproche et qui
ajoute à la déception de ne pas avoir fait un carton sur un adversaire
tourangeau bien « pâlichon », somme toute ?Ils ont tenté l'impossible,
mais l'impossible les avait oubliés, comme la chance, ce mercredi soir. Il y a
là le grand Delpierre, un barbu famélique, comme un éternel étudiant, Poinot,
trapu, noir, avec les yeux tendres qui rappellent René Louis Lafforgue. Et
puis, Alain Meunier dont le but en première mi-temps avait fait rêver, Régis
Gatefait chéri de la foule qui aime cet ardent feu follet, semeur de panique
dans les défenses couardes. Et aussi les Fumeron, solides trappeurs venus de la
campagne voisine, pour apporter leur travail soigné d'artisans pointilleux…
Le dernier des prétoriens rentre dans le vestiaire et dans
l'entrebâillement de la porte, on entend la traînante procession et le
remuement de la foule qui s'enfonce dans une nuit de four. Foule admirable et
stoïque qui s'ébroue, ravie du spectacle et mécontente du résultat comme un
bouledogue, amical et vigilant. Vraiment dignes d'éloges, ces 3400 fidèles qui
ont ignoré pendant une heure et demie la pluie fine et drue, blottis sur des
gradins de fortune pour ne pas rater ce nouveau rendez-vous d'amour avec onze
garçons qui portent avec hargne et audace la renommée de Montmorillon jusqu'aux
marches du pays.
L'irruption du football de haut niveau dans les habitudes de cette
sous préfecture somnolente, oubliée aux confins du Poitou et du Limousin, a
donné un coup de sang à la belle endormie qui ronronne sur les rives de la Gartempe. Les
loisirs sont rares dans la petite cité où la dernière salle de cinéma a fermé
ses portes depuis belle lurette. Les jeunes, quand ils ont épuisé les
habituelles activités de la maison des jeunes se retrouvent entassés dans
l'atmosphère enfumée de la « Taverne » : autour de whiskies coca, ils refont le
monde en attendant de continuer leurs études à Poitiers ou à Limoges. Les plus
âgés n'ignorent pas les prouesses gastronomiques de Mercier, dont la réputation
du foie gras frais au poivre vert a dépassé les limites du département. Dans ce
microcosme, où le macaron a modelé l'image de marque de la ville, le ballon
rond se taille une renommée qui relaie cette inaltérable vision d'Epinal en
pâte d'amande. Et toute une population, éblouie, bouleversée, concernée prend
le chemin de l'attendrissant stade de campagne qui s'adosse au cimetière et
rappelle les temps encore proches des joutes improbables en division d'honneur
: du bord de touche, elle peut quasiment toucher de la voix et de la main les
onze gaillards au maillot immaculé.
Les soirs de matches, on frise l'apoplexie pour pénétrer chez
Tartaud. A quelques encablures du stade, ce café restaurant qui se prénomme si
joliment victoire est l'une des rares haltes, passé dix heures du soir, qui
accueillent le spectateur frigorifié. Comme dans un film de Marcel Carné, ses
néons trouent la brume tenace, invitant à une épique chanson de geste d'après
match. On s'interpelle, on se dispute, on s'aime autour des bières qui valsent.
Ce mercredi soir qui sent la
Toussaint, l'heure est au maussade chez Tartaud comme là-bas
dans le vestiaire. Tout le monde s'accorde à dire que le tournant du match
s'est situé deux minutes après la reprise : ce sacré Grégoire en lobant Dusé a
failli mener son équipe au nirvana. Tous, unanimes, évoquent le destin fatal
qui amena l'anguille tourangelle Ben Said en deux contres splendides à
contribuer à la confusion de Poinot.
Dans cette terre à mouton, pauvre mais dure à l'ouvrage, on n'aime
pas les « délicats ». La sortie du capitaine Queyrel, en début de partie est
mise à l'index… Enfin, d'autres à la façon des haruspices, fouillent dans les
entrailles du classement pour en tirer de sombres prédictions pour l'avenir ou
bien pour les plus optimistes, des espoirs raisonnables.
Dehors, la pluie inonde l'asphalte avec entêtement. De petits
groupes qui s'étaient formés du côté de Saint Martial ou du Vieux Pont ne
tardent pas à se disloquer.
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Acteur français est né à Thouars le 29 juillet 1955
Après cinq années d'études au Conservatoire d'Art dramatique de Paris, Jean-Hughes Anglade collabore dès ses débuts avec les plus grands noms du cinéma français. En 1983, il rencontre Patrice Chéreau qui le révèle au grand public dans 'Un homme blessé'. Il s'impose ensuite à l'écran grâce à Luc Besson et Jean-Jacques Beineix qui le dirigent successivement dans 'Subway' et '37, 2 le matin', qui connaît un succès international (nominé à l'Oscar du Meilleur film étranger). Jean-Hughes Anglade confirme ses talents de comédien avec 'Nocturne indien' d'Alain Corneau avant de retrouver Luc Besson pour les besoins de 'Nikita'. Sa carrière connaît un nouvel éclat sous l'égide du 'maître' de ses débuts, Patrice Chéreau, dans 'La Reine Margot'. Il obtient le César du meilleur acteur pour le rôle du roi Charles IX. En 1995 il joue avec Claude Sautet dans 'Nelly et Monsieur Arnaud', avant de s'essayer à la réalisation avec 'Tonka', où il dirige sa compagne Pamela Soo en sprinteuse indienne, mais le film reçoit un accueil glacial. Il a aussi tourné dans des productions internationales comme 'Les affinités électives' des frères Taviani, et inscrit récemment son nom aux génériques des comédies 'Laisse tes mains sur mes hanches' de Chantal Lauby et 'Il est plus facile pour un chameau... de Valeria Bruni Tedeschi